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architecture d'intérieur, décoration, design d'objets

Carlos Pujol, designer d’histoires

Architecte d’intérieur et décorateur, Carlos Pujol raconte en même temps qu’il transforme les lieux. Son prochain défi : refaire la décoration des 240 hôtels Formule 1 de France.

Catalan, Rémois, publicitaire, artiste, dessinateur, brico- leur... Fier de ses identités, Carlos Pujol ne voudrait pas qu’on l’enferme dans l’une plutôt qu’une autre. Tout comme il refuse de restreindre ses réalisations à un style particulier. « Le pire compliment qu’on puisse me faire en entrant dans un lieu serait de dire qu’on reconnaît mon travail», confie le quadragénaire. «Mon but n’est pas de me faire plaisir. J’aime les matériaux, les couleurs. Mais je me mets dans le moule du client, je dois comprendre ce qu’il veut », explique Carlos Pujol.

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“Le projet doit ressembler au client, pas à moi”

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Est-ce pour sa capacité d’écoute que le groupe Accor, cet été, a confié à cet ancien publicitaire le nouvel aménagement des 240 hôtels For- mule1? «Je ne peux pas vous montrer les premiers croquis, c’est confidentiel », prévient l’architecte d’intérieur. Il faudra attendre 2017 pour voir les premiers hôtels Formule 1 « relookés » par Carlos Pujol, de la chambre à la salle de bain. La transformation sera achevée sur tout le territoire en 2019. « Je leur vends un concept. Le plus difficile, c’est de faire une jolie déco avec un petit budget ! », peut-il simplement nous révéler. Recourir à un architecte d’intérieur pour rénover des hôtels justement pensés pour être le moins cher possible, l’idée est originale. Encore plus étonnant, le choix de Carlos Pujol. Car c’est pour un quatre-étoiles  qu’il s’est fait connaître dans la région : le Dormeur du Val à Charleville-Mézières. De cette aventure, Carlos Pujol a appris « qu’on ne pouvait pas s’improviser restaurateur ou hôtelier ». Par contre, cette création architecturale dans l’univers de Rimbaud lui a permis de démontrer son talent de raconteur d’histoires. Autant d’histoires que de rencontres avec les clients, qu’ils lui demandent de repenser un appartement, une boutique ou, dans le cas d’Accor, une chaîne d’hôtels. « Le projet doit res- sembler au client, pas à moi. Pour un restaurant, à Biarritz, j’ai dû disposer les tables de manière à ce que les serveurs puissent se croiser sans risque!», raconte-t-il. Comment se passe cette co-création ? « On com- mence par parler, le client et moi. Je lui présente des images, je lui montre des choses qui pourraient lui plaire, j’essaie aussi de le choquer, pour comprendre ce qu’il cherche vraiment», détaille le décorateur. 

“JE ME NOURRIS DES IMAGES“

Cheminées, planchers, luminaires... À son agence, Carlos Pujol constitue des classeurs à partir de revues qu’il reçoit des États-Unis, du Canada, d’Asie... « Je ne les lis pas ! Mais je me nourris des images », explique-t-il. La phase de préparation est déterminante : « Le plus difficile n’est pas de faire les travaux. Je travaille avec un noyau d’entrepreneurs en qui j’ai confiance », explique l’architecte. Avant de lancer les travaux, le client valide le projet sur des images en 3D. Le résultat aura toutes les chances d’être surprenant, comme aux Trésors de Champagne, à Reims (lire par ailleurs).

 

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DES BOUTEILLES AU-DESSUS DE LA TÊTE

Des dizaines de bouteilles flottent dans l’air, devant des bulles géantes qui semblent remonter les murs. Derrière le marché du Boulingrin,
à Reims, Carlos Pujol a conçu la boutique Trésors de Champagne, qui a ouvert en 2015. « J’ai voulu travailler dans la verticalité, dans l’efferves- cence, décrypte l’architecte d’intérieur. Quant aux couleurs, c’est simple : le doré, c’est la métaphore du champagne. Et le noir, la couleur historique du club Trésors. » Luxueux sans être intimidant, le lieu permet de savoir exactement d’où vient le champagne que l’on achète : une carte géante, au sol, montre où est installé chacun des vignerons.

Né à Barcelone, Carlos Pujol a 6 ans quand sa famille s’installe dans les Ardennes, à Charleville-Mézières. « J’ai toujours aimé dessiner, on faisait une BD au collège», se souvient-il. Encore aujourd’hui, j’adore les arts graphiques, la photographie. Je partirais bien six mois, voyager avec un appareil photo...» Pas le temps, les projets se multiplient : deux restaurants à transformer dans le Sud-Ouest, une boutique à Barcelone, un caviste-bar au Luxembourg, un hôtel à Paris, rue de la Gaîté...

 

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REIMS, PARIS ET BARCELONE

À sa sortie de l’école d’architecture, Carlos Pujol reconnaît qu’il avait dû « envoyer des watts » pour être embauché par une agence de commu- nication: «Je leur avais fait une fausse pub, où je posais nu, avec un slogan où je me comparais à une voiture... », se souvient-il. Aujourd’hui, ce sont les clients qui viennent à lui, mais Carlos Pujol a un petit regret, celui de ne pas être davantage sollicité à Reims, où il vit avec sa famille depuis six ans. Outre Trésors de Champagne, on peut tout de même y découvrir son travail au restaurant Les Cornichons, rue du Général-Sar- rail.

Une à deux fois par semaine, l’architecte se rend à son cabinet parisien. Une vie partagée en deux villes. Et bientôt en trois: «Je suis en train d’ouvrir une antenne à Barcelone», annonce-t-il. Un retour à ses racines qui permettra aussi à Carlos Pujol d’écrire de nouveaux chapitres avec ses créations.

par Charles Montmasson / crédit photo. Rémi Wafflart